Dès sa création en 1865, la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés installe les premières stations dans notre région. Molène et Ouessant - Lampaul en 1866 - Portsall et Le Conquet en 1867. Ouessant - Le Stiff en 1879.

La décision de créer une station à Argenton résulte des mauvaises conditions de fonctionnement de la station de Portsall. En effet, la maison-abri construite en 1867 au fond du port (actuel club de voile) ne permet la mise à l´eau du canot que durant les deux heures encadrant la pleine mer. Pour permettre l´utilisation d´un canot à tout moment de la marée, la société, après étude, retient le site, de la pointe occidentale de l´Île d´Olvez, Pus-an-Ivarn.

L'abri du canot fut initialement couvert de tôle ondulée.

Le 29 septembre 1894, M. Eugène Taillebois, propriétaire de l'Île d'Olvez, vend à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés le terrain où sera construit l'abri du canot de sauvetage. Les travaux sont confiés à l'entreprise Allain-Héry de Lampaul-Guimiliau et supervisés par M. Caraës, conducteur de travaux aux services des Ponts et Chaussées. Conforme aux plans des maisons-abri construites depuis 1865, l'abri de la presqu'Île d'Olvez mesure 12,25 m de long et 5,60 m de large. Les murs ont quatre mètres de hauteur et sont percés de quatre fenêtres, deux au nord, deux au sud. La grande porte est large de 3,50 m pour laisser passer le chariot et son canot. Dans le haut des pignons, deux ouvertures en demi-cercle munies de persiennes assurent l'aération du local. Un demi-plafond permet de placer les avirons et objets de rechange et de suspendre les voiles pour le séchage. Entre les fenêtres, à hauteur d'homme, sont accrochées les seize ceintures de sauvetage en kapok. Le toit de l'abri est en tôle ondulée. Il sera remplacé en 1921 par du fibrociment.

La cale de lancement, avec voie ferrée longue de 130 m, est accotée au nord à un épaulement rocheux qui, loin de l'abriter, crée par gros temps un terrible ressac. Son exposition, plein ouest, sera très critiquée, notamment par le premier équipage de la "Marie Russe" dès l'inauguration.

Dès 1921, cette toiture fut remplacée par du fibrociment.

Le chariot supportant le canot et permettant son lancement a été construit par la Société joly à Argenteuil. Très sollicité, il subira des modifications pour épouser parfaitement les formes de l' "Henri Munier" et du "Lieutenant Pierre Géruzez". Le treuil qui permet la remontée du chariot et du canot dans l'abri est actionné à bras. Deux grandes manivelles, entrdinant des engrenages successifs, permettent la démultiplication de l'effort nécessaire pour remonter un ensemble de plus de trois tonnes. La mise à l'eau s'effectue sur frein, engrenages débrayés.

Malgré les difficultés, cale de lancement et abri sont réalisés dans les délais impartis et accueilleront le premier canot, la "Marie Russe", le 30 juillet 1895. Ce nom bien énigmatique, proviend d'une généreuse donatrice, d'origine russe.

Nous sommes prêts pour l'inauguration. Rappelez-vous... le 4 août 1895.

Les seules constructions sur la presqu'Île d'Olvez, sont alors le vivier, les locaux attenants et la maison-abri du canot de sauvetage à la pointe du Pus an Ivarn.

Les trains de 8h25 et 9h55 de la Compagnie des Chemins de Fer Départementaux, relayés à partir de Ploudalmézeau par beaucoup de voitures, ont amené un grand nombre de personnes de toute la région.

Sur le chemin qui mène à l'abri, des mâts ont été dressés arborant le guidon de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés. Le canot "Marie Russe", fort bien décoré, attend sur la cale le moment où, après la bénédiction, il pourra prendre possession de son élément.

L’équipage du canot se tient sur la cale, prêt à embarquer, brassière de sauvetage capelée. Se mêlant aux invités, les habitants de Porspoder et de Landunvez ont pris place de part et d'autre de l'abri sur les promontoires rocheux. La foule est estimée à deux mille personnes.

Dans la tribune officielle on remarque :
Mgr Valleau, évêque de Quimper et de Léon, M. l'Abbé Roull, curé de Saint-Louis, M. l'Abbé Grall, curé de Ploudalmézeau, M. Jean-Marie Le Roux et M. Boucher, recteur et vicaire de Landunvez, MM. Croguennec et de Roquefeuil, recteur et vicaire de Porspoder, l'Amiral Barrera, préfet maritime de Brest, M. Deschard, commissaire-général, M. Breton, président de la Chambre de Commerce de Brest, M. Carof, maire de Ploudalmézeau, M. Le Vaillant, maire de Porspoder, M. Godebert, maire de Landunvez, M. Macé, inspecteur de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, M. Pigeaud, Ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Sartine, conseiller général, M. de la MénardiÈre, représentant à Brest de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, M. de Kerros, Vice-Consul de Russie, M. Masson, conseiller municipal et M. Marzin, conseiller d'arrondissement.
Le parrain est le jeune Victor Marzin, neveu du président du Comité de Sauvetage d'Argenton, et la marraine Melle Gabrielle de Kerros, fille du vice-consul de Russie.
Après un morceau fort bien enlevé par l'excellente fanfare de Lannilis, dirigée par l'Abbé Jézéquel, Monseigneur Valleau prononce le premier discours.
A l'issue des allocutions prononcées par l'Amiral Barrera, préfet maritime, M. Marzin, président du Comité Local de Sauvetage et M. de Kerros, vice-consul de Russie, Mgr Valleau suivi du clergé, procède à la bénédiction du canot "Marie-Russe".

La mise à l'eau du canot de sauvetage se révèle souvent délicate du fait de l'exposition de la cale de lancement face aux vents d'ouest.

Alors que la bénédiction se termine, un violent grain crève la nuée, la mer blanchit et vient se briser sur le chariot du canot. L’équipage prend place à bord. Celui-ci descend lentement sur son ber pendant que la musique joue "La Marseillaise" puis l'hymne russe. Des bravos retentissent de toutes parts. L’enthousiasme est à son comble. Le canot touche l'eau. En quelques vigoureux coups d'aviron, malgré une mer qui a grossi sous le grain, il se dégage de la zone de lancement, fait le tour de la pointe et vient accoster le mur du vivier o— M. Macé, inspecteur de la Société Centrale de Sauvetage, dans une brève allocution, remercie toutes les personnes présentes.
Un lunch est ensuite servi aux invités dans la maison-abri, alors que l'amiral se fait présenter l'équipage du canot:

Patron: François Raoul.
Sous-Patron Auguste Le Dall.
Canotiers Joseph Guéna,François Fariau,
Yves Provost, Victor Coatanéa,
François Salon, François Magueur,
François Talarmin, Eugène Brénéol,
Victor Guéna.